La triche

Avant tout, écoutez ce reportage diffusé sur France Culture, Les pieds sur terre. Les étudiants: les tricheurs

Il faut vous dire que dans toutes les discussions entre les enseignants sur l’évaluation en ligne, cette thématique revient sans cesse : « comment s’assurer que les étudiants ne trichent pas ? »

Les réponses portent le plus souvent sur la technique. Adaptations des plateformes, adaptations des temps, des tests, des QCM aléatoires, des questions aléatoires, des logiciels de proctoring, des prises d’images, de son, l’utilisation des logiciels contre le plagiat. Ce sont les solutions des universités et des écoles pour rester dans l’évaluation, telle qu’ils la conçoivent : vérifier/ noter la connaissance !

Cette enquête nous montre l’autre côté du décor. Les étudiants qui trichent!  

Je ne doute pas qu’ils existent aussi des étudiants qui jouent le jeu de l’évaluation correctement, sans la triche. On voit bien qu’il y a ceux qui se sacrifient et qui passent l’examen en premier afin que les autres aient de la matière et les bonnes réponses. 

Dans ce reportage, on découvre la triche comme une nécessité, presque comme une excuse pour l’abandon des étudiants par les professeurs. Ils le disent eux même : pas de cours, pas d’accompagnement, trop de par cœur, des cours trop chers pour ce qu’ils sont… Les étudiants ont le sentiment d’être délaissés, abandonnés, le sentiment que les professeurs sont malhonnêtes.

Les 4 ou 5 premières semaines on avait parfois des envois en PDF, on n’a pas eu grand-chose d’autre… on n’a pas eu d’accompagnement, toutes nos évaluations de terminale ont été transformées en dossiers, quasiment, sauf une… donc il restait un oral. C’était vraiment, « débrouillez-vous de votre côté, nous on se repose… » C’était ça. On l’a vécu comme ça, en tout cas… 

Juliette, étudiante en master en psychologie

Au delà de ces pratiques et ces stratagèmes ponctuelles, la question de la motivation des étudiants reste entière. 

Les étudiants veulent de bonnes notes et ensuite, leurs diplômes. Certains travaillent beaucoup pour se former et pour mériter ces diplômes. Ils ont déjà réussi les examens avant Covid et ils pensent que la triche  « n’enlève rien au travail qu’ils ont fait cette année-là ». Certains, pensent qu’ils le méritent pour les 8000€ par an qu’ils ont déjà payé, pour avoir travaillé leurs dossiers, pour avoir fait l’effort d’assister à des cours en ligne (« qui n’ont rien de stimulant »), mais bon, ils sont là de temps en temps (« entre les deux siestes »).

Mais ce que je trouve instructif est le fait que ceux qui témoignent dans ce reportage ne s’inquiètent pas pour les connaissances qui manquent, alors que la connaissance, ou si vous voulez le contenu, est l’essence de l’enseignement pour les enseignants. La connaissance ! Ils enseignent/ transmettent leurs connaissances, ils vérifient les connaissances !

Je mets l’accent sur la connaissance pour souligner que pour moi, c’est un leurre. Je pense qu’il faut réfléchir à l’idée de dépasser la connaissance (et la transmission d’ailleurs) pour se permettre d’autres objets à évaluer (des compétences) et d’autres types d’évaluation (formative, par exemple) qui trompent moins et qui motivent plus… C’est la leçon que ces étudiants nous enseignent. 

On voit clairement que la connaissance ne compte pas pour les étudiants. Aujourd’hui, la connaissance est facile à trouver. Ils utilisent un autre écran, un autre ordinateur, des fiches faites à l’avance. Ils font semblant d’avoir la connaissance parce qu’à l’université, on note la connaissance. Super, les professeurs sont servis et les écoles auront leurs bonne statistiques sur la réussite. Tout le monde a trouvé son compte. 

Qu’est-ce que vous en pensez? 

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